#13

Émotion et rationalité

Avec Albert Moukheiber, docteur en neurosciences cognitives

Méta de Choc explore la métacognition sous toutes ses coutures. Mais que veut dire ce mot barbare, au juste ? La métacognition désigne simplement le fait de réfléchir à nos pensées ou à celles des autres. Méta-cognition : la cognition de la cognition. Nous faisons tous usage de métacognition tous les jours, et ce depuis notre plus tendre enfance.

Mon invité d’aujourd’hui est passionné par ce sujet et en a fait l’objet central de son métier. Albert Moukheiber est Docteur en neurosciences cognitives, psychologue clinicien et chargé de cours à l’université Paris 8 Saint Denis. Avec lui, nous allons explorer le monde à la fois merveilleux et obscur de la pensée humaine.

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Épisode #13.156mn
La psychologie et les neurosciences sont-elles fiables ?

Albert Moukheiber a une démarche rigoureuse, méthodique, fondée sur les résultats scientifiques, mais dans deux domaines dont la fiabilité est questionnée dès lors qu’il s’agit de décrire ce qui se passe réellement dans notre cerveau.

D’un côté, la psychologie est en pleine crise de réplicabilité, de l’autre, les neurosciences sont un champ de recherche très jeune qui mène souvent à des interprétations abusives.

Timecodes Épisode #13.1

00:00:17Qu’est-ce que la métacognition ?
00:02:07Des résultats de recherche controversés. La crise de la réplication en psychologie clinique. La remise en cause des antidépresseurs (recapture de la sérotonine).
00:08:07Comment se construit un modèle théorique. Le DSM V.
00:18:03Les neurosciences cognitives. Le précurseur Sigmund Freud. Le cerveau interprète le réel. La stupéfaction morale. Le libre arbitre. La psychologie évolutionniste.
00:37:33Les biais cognitifs nous sont essentiels. Les heuristiques. Le racisme sous l’angle évolutionniste.
00:44:23Le biais fondamental d’attribution. La pensée critique appliquée à soi. L’identité personnelle, l’appartenance au groupe. Le “virtue signalling“, la diffusion de la responsabilité.
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Épisode #13.259mn
Quelques clés métacognitives

Puisque nous sommes avec un expert de la métacognition, nous allons nous en donner à cœur joie.

La métacognition, oui ! Mais pourquoi, quand et comment ? Telle est la question.

Timecodes Épisode #13.2

00:00:47Le principe de charité et ses limites. Le symptôme du sauveur. Différence d’opinions / différence de faits.
00:12:27Le biais de la fausse équivalence. Les nouveaux gourous, les coachs et la Loi de l’attraction.
00:22:14Comment réaliser quand on a tort. La flexibilité mentale.
00:25:31Quand les biais cognitifs nous sauvent. Less is more. L’exemple de la dissonance cognitive.
00:34:43Les locus de contrôle interne et externe. Dans le cadre des croyances (Loi de l’attraction, astrologie, religion).
00:48:00User de métacognition : pourquoi, quand, comment ? Raisonner de manière critique, ça s’apprend et ça se cultive.
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Épisode #13.356mn
Doit-on choisir entre rationalité et émotion ?

Aller au-delà de nos pensées automatiques, de nos émotions automatiques et de nos intuitions. Ralentir, questionner notre mode pensée sur tel ou tel sujet, ses origines et sa qualité, pondérer nos opinions, s’observer en train de penser. Voilà qui n’a rien de naturel mais qui peut offrir de réels bénéfices à un niveau individuel comme collectif.

Albert Moukheiber a une connaissance scientifique de ces mécanismes, de leurs causes et de leurs conséquences. Il nous offre ici un éclairage qui ne manque pas de me réjouir.

Mais la pensée magique dans tout ça, me direz-vous ? Et l’émotion ? Et la sensibilité ? Et la créativité ? Sont-elles en contradiction avec une pensée rationnelle ? La réponse peut paraître évidente. Elle ne l’est pas !

Timecodes Épisode #13.3

00:01:35Aller au-delà des pensées automatiques. Pondérer son opinion. L’illusion de connaissance : effet Dunning-Kruger. Le raisonnement motivé. Évaluer ce qu’on ne sait pas : quand avoir tort est plus utile qu’avoir raison.
00:12:16D’où vient Albert Moukheiber ? La guerre civile au Liban, exorcisme, reiki, troisième œil et aura. Réflexion sur le yoga et la religion.
00:31:36La place de la magie. Le droit à la pensée magique. La magie du réel, la science ne se fait pas sans émotion. La rationalité n’est pas un état supérieur à l’émotion.
00:43:43Les sceptiques doivent-ils choisir entre rationalité et émotion ? Apprendre des émotions comme de la raison.
00:51:08La minute stupide.
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L'émission en bref
Les meilleurs passages

Thème du mème : Science et scientisme | Citation : "On oblige la science à endosser le rôle de diseuse de vérité, alors que la science est une destructrice de mensonges. Le risque du scientisme, c'est de croire que la science apporte toutes les réponses."
Albert Moukheiber dans l'émission "Émotion et rationalité". | Auteur.rice : Albert Moukheiber | Émission : Émotion et rationalité | Image d'illustration : Albert Moukheiber s'exprimant lors d'une conférence.
Thème du mème : Nuancer ses opinions | Citation : On a besoin de nuancer nos opinions. De dire : "je suis pour les OGM à 60%, je suis contre à 30%, et à 10% je ne sais pas, parce que je ne suis pas généticien et que je n'ai aucune idée de comment ça marche". Et c'est pas grave. | Auteur.rice : Albert Moukheiber | Émission : Émotion et rationalité | Image d'illustration :
Thème du mème : Les biais cognitifs | Citation : Les conséquences des biais cognitifs peuvent être graves, mais les biais eux-mêmes ne sont pas graves. Les biais ne sont pas un comportement mais un moyen d'arriver à un comportement. | Auteur.rice : Albert Moukheiber | Émission : Émotion et rationalité | Image d'illustration :
Thème du mème :  | Citation :  | Auteur.rice : Albert Moukheiber | Émission : Émotion et rationalité | Image d'illustration :
Thème du mème :  | Citation :  | Auteur.rice : Albert Moukheiber | Émission : Émotion et rationalité | Image d'illustration :
Thème du mème :  | Citation :  | Auteur.rice : Albert Moukheiber | Émission : Émotion et rationalité | Image d'illustration :
Thème du mème :  | Citation :  | Auteur.rice : Albert Moukheiber | Émission : Émotion et rationalité | Image d'illustration :
Thème du mème :  | Citation :  | Auteur.rice : Albert Moukheiber | Émission : Émotion et rationalité | Image d'illustration :
Thème du mème :  | Citation :  | Auteur.rice : Albert Moukheiber | Émission : Émotion et rationalité | Image d'illustration :

Ressources
Pour aller plus loin

Ressources Épisode #13.1
La psychologie et les neurosciences sont-elles fiables ?

Albert Moukheiber :

  • Livre : Votre cerveau vous joue des tours (Allary Editions, avril 2019).

  • Thèse : Caractérisation et corrélats de l’évitement du regard dans les phobies sociales (Université Paris 6, 2010) : http://www.theses.fr/2010PA066491

  • Collectif Chiasma : https://www.chiasma.co

Définitions :

Crise de la réplication et modèles théoriques :

Anti-dépresseurs :

Les précurseurs de l’écoute psychologique :

Nos sens :

Expériences de split brain :

  • The Split Brain Man, de Michael Gazzaniga (1967).

  • Forty-five years of split-brain research and still going strong, par Michael S. Gazzaniga (Nature Reviews Neuroscience, août 2005) : https://www.nature.com/articles/nrn1740

Libre arbitre et prise de décision :

Autre :

  • Why zebras don’t have ulcers? de Robert Sapolsky (2004).

  • Sapiens : Une brève histoire de l’humanité, de Yuval Noah Harari (Albin Michel, 2015).

  • L’IA qui trouve Charlie instantanément : There’s Waldo : https://www.youtube.com/watch?v=-i7HMPpxB-Y

Ressources Épisode #13.2
Quelques clés métacognitives

Définitions :

TCC :

Prophétie auto-réalisatrice :

Les biais cognitifs (Kanheman vs Gigerenzer) :

La dissonance cognitive (Leon Festinger) :

Le locus de contrôle (Julian Rotter) :

Mère Teresa :

Osho, le sex-guru :

Autres personnalités et pratiques douteuses :

Autre :

Ressources Épisode #13.3
Doit-on choisir entre rationalité et émotion ?

Définition :

La flexibilité mentale :​

L’illusion de connaissance - Effet Dunning Kruger :

La difficulté à changer d’avis :

Le reiki :

Les auras :

La mémoire de l’eau :

Émotions et rationalité :

Autre :

  • L’injonction au bonheur, par Élisabeth Feytit (Méta de Choc, mai 2016) : https://www.metadechoc.fr/linjonction-au-bonheur

  • Demian – Histoire de la jeunesse d’Émile Sinclair, de Hermann Hesse (Lgf, 1979).

  • Narcisse et Goldmund, de Hermann Hesse (Lgf, 1975).

  • Éloge de l’oisiveté, de Bertrand Russel (Allia, 1932).

Suggestions
Vous pourriez aussi aimer ...

Échangeons
Commentaires

  1. Bonjour,
    Merci beaucoup pour cet interview qui m’a ouvert sur un sujet que je ne connaissais pas. C’est très intéressant et j’ai beaucoup aimé écoute ces trois heures.
    J’ai bien fait d’attendre les trois heures pour faire un commentaire, que j’ai longuement hésité à faire, mais je pense que c’est important dans un débat d’idée de donner un autre éclairage.
    Je suis content d’avoir attendu la fin car l’intervenant ne croit pas que l’énergie sous-tend la matière et que l’homme peut développer sa sensibilité pour la percevoir et l’influencer, ce qui explique pourquoi la loi de l’attraction et le destin reçoivent un tel traitement, ainsi que les gurus et l’aura. Je ne parle ici que des sujets dont j’ai une certaine connaissance.
    Comme un commentaire ci-dessous, je regrette le traitement qui est fait de l’information que l’intervenant ne semble pas très bien maitriser.
    Pour commencer, sur l’aura, qui a été très grossier, je ne peux que conseiller le livre d’Anne BRENNAN, le pouvoir benéfique des mains qui est très bien documenté d’un point de vue scientifique (astrophysicienne de formation).
    En ce qui concerne la loi de l’attraction, la conclusion est de dire que nous sommes responsable de tout, du à nos pensées. Cette pensée est plus facilement réfutable qu’en allant directement pointé du doigt un individu qui ne soignerait plus autrement que par ses pensées, du à sa croyance. En fait, il suffit simplement de dire que l’univers ne peut-être crée par les pensées d’une personne (la Terre, le soleil, la loi de gravitation par exemple…). On ne peut pas changer ça. Donc partir du postulat que nos pensées créent notre réalité (d’un point de vue absolu) n’a aucun sens. Cependant, la loi de l’attraction, différemment traité, dit que nous sommes une vibration énergétique qui attire à nous des expériences, un cadre de vie, nos rencontres etc… Pas simplement nos pensées. L’ensemble de qui nous sommes. Ce qui est logique puisque le modèle théorique qui est basé sur cette croyance dit que tout est énergie. En fait la matière n’est qu’une résultant possible de l’énergie (et là on parle d’une certaine densité, qui donne la possibilité à l’humain de toucher son environnement). Les autres possibilités énergétiques sont par exemple le son et la lumière. Et inutile de parler d’ondes et de photons et d’atomes pour « contrer » ce modèle théorique, puisque ce n’est pas contradictoire. On peut s’aider des travaux de la physique quantique pour etayer cette manière de voir le monde.

    Bon voila, c’est déjà trop long, personne va lire 🙂

    Je vais aller plus vite et parler que du destin. La conclusion du destin serait de dire « je ne fais plus rien et je passe mon temps à jouer à la console ». Donc la loi de l’attraction et le destin s’opposent selon l’intervenant, mais encore une fois, c’est allé trop vite en besogne car les deux cohabitent souvent dans la pensée « New Age » (je n’aime pas ce terme car de nombreuses réflexions montrent que les maitres de tous les courants et de toutes les religions disent en substance la même chose, je peux donner par exemple la belle interview de Marc Luyckx par Lilou Macé). Il me faudrait plus de temps pour rentrer réellement dans ce concept proprement, mais la base de l’idée est de dire que nous ne sommes pas conscients et assez limités (complètement d’accord avec Mr Moukheiber là dessus), pour maitriser l’intégralité de qui nous sommes. Et dans cette partie là, il pourrait y avoir une forme de destin. Certains expliquent que le destin et le libre arbitre coexistent en fait, en même temps.

    Je suis également d’accord avec Mr Moukheiber sur le fait qu’on travaille trop peu sur les modèles théoriques. Aujourd’hui, beaucoup de personnes opposent la science aux expériences multiples et impressionnantes qu’éprouvent énormément de gens (pensée magique réplicable par exemple) et je trouve ça dommage car cela provient simplement d’une manière de voir le monde qui ne rentre pas dans les cases.

    Alors si jamais vous lisez ce trop long commentaire, qui mériterait aux moins 4 fois sa longueur pour être plus précis et si vous connaissez un laboratoire près à financer une thèse sur la cosmogonie du 21ème siècle ou comment relier les expériences mystiques et la science (ou pas, c’est peut-être même réfutable), vous avez un candidat ultra motivé 🙂
    En tous les cas, si ce travail a déjà été fait et que vous en avez la connaissance, je suis preneur.

    1. Bonjour Alexandre,

      Concernant la question des auras, vous citez la “guérisseuse“ Anne Brennan en référence. Son master en physique atmosphérique ne fait pas d’elle une scientifique et ne peut en aucun cas être une caution de sérieux ou de méthode. Je vous encourage à consulter les ressources en lien avec le chapitre 3, mises à votre disposition plus haut sur cette page ; notamment les résultats de la chercheuse en parapsychologie Susan Blackmore.

      Pour répondre à votre dernière question sur l’existence de recherches sur le lien entre expériences mystiques et science, c’est précisément le travail des chercheurs en parapsychologie ou psychologie anomalistique. En plus des travaux de Susan Blackmore, je vous conseille ceux de Chris French. Tout cela est en anglais, mais puisque ces sujets semblent vous intéresser, j’imagine que vous trouverez un moyen de vous aider le cas échéant d’outils de traduction automatique.

      Au sujet de la Loi de l’attraction, elle ne s’appuie pas sur un modèle théorique au sens scientifique du terme (voir les ressources sur le sujet, en lien avec le chapitre 1). Il s’agit d’une croyance pure qu’aucune expérience scientifique n’étaye, que l’on parle de pensée ou plus largement d’énergie.
      Contrairement à ce que certaines figures de la spiritualité New Age peuvent dire à longueur de vidéos ou de conférences, la Loi de l’attraction n’est en aucun cas validée par la physique quantique (tout chercheur de la discipline vous le confirmera). Elle n’est qu’un pari issu du mouvement de la Nouvelle pensée, à la fin du XIXe aux États-Unis. J’évoque un peu plus en détail son histoire dans la série Shocking ! 9 “Médium ou mentaliste ?“.
      Merci de votre intérêt.

    2. Merci d’avoir pris le temps. Je regarde effectivement en détail ces expériences en parapsychologie.

      Je voulais juste préciser que, même si je ne suis pas très à l’aise avec l’idée de juger quelqu’un sur son diplôme, je parlais de son travail de sourcing autour des travaux dans la parapsychologie.

      Elle a aussi réalisé un travail conséquent sur les auras, mais limité à sa propre expérience et de personnes avec qui elle travaille.

  2. Bonjour,

    Excellent interview, qui montre l’intelligence de l’esprit critique de Albert Moukheiber dans la connaissance interdisciplinaire et la complexité, dans une subtilité non binaire.

    La contradiction, l’exploration, l’imagination, l’art, la poésie paraissent y avoir une place, ce qui est bon signe.

    Magnifique, le scepticisme de soi-même comme outil pour se découvrir et modifier sa relation à l’autre… une forme de compassion?

    Le doute, quelle richesse!

    Cordialement.

    1. Bonjour Gilles,
      j’allais justement vous conseiller l’écoute de cette émission, suite à vos commentaires sur Skeptikón ! Ravie qu’elle vous ait plu.

  3. Bonjour! j’ai été vraiment excitée d’écouter vos émissions. Je suis parfois un peu frustrée car je me sens plus que novice avec les termes employés. Y aurait-il un site de vulgarisation des termes et concepts afin que je m’approprie mieux les idées? Merci mille fois de contribuer à ma flexibilité mentale (et à celle d’autres personnes certainement). J’aimerais créer comme une sorte de « jeu » pour aider les plus jeunes (ou les plus vieux qui viennent de s’y mettre, à comprendre toute cette histoire de biais et permettre de métaconnaitre un peu plus dans la vie de tous les jours. J’ai acheté votre livre, Albert, donc certainement, j’aurais des pistes ici.

    1. Bonjour Nadine,
      merci de votre intérêt. Pour commencer, vous trouverez dans les ressources des liens permettant de mieux comprendre les termes les plus importants. Le livre d’Albert Moukheiber vous éclairera sans doute bien aussi.

  4. Bonjour,
    je continue mon dépilage de vos vidéos et podcasts (une bonne douzaine en deux ou trois jours :-).
    Ici, je vous entends développer ce que vous entendez par « métacognition » et j’avoue que je ne m’y retrouve pas.
    De mon point de vue, je trouve que ce que vous explorez au fil des podcasts relève plutôt d’une vision contemporaine de l’introspection, la métacognition n’étant qu’un outil à son service.
    Au fil des témoignages que vous développez, vous touchez aussi à des concepts qui n’existent pas et que je nommerais pourtant volontiers de « métaémotion », « métaintuition », « métaaffect », tous intimement intriqués, bien sûr, et explosés ici pour les besoins de ce que je veux dire.
    Chaque fois que vous dites « métacognition », mon cerveau interprète (c’est le sujet ici) et dit « introspection », comme celle qu’on m’a apprise lorsque j’étais enfant et que j’allais à confesse (avant 1968) : Pourquoi je pense, je fais et j’agis ainsi ? Les curetons de l’époque ne l’explicitaient pas ainsi, mais la conséquence en moi était celle-là.
    Bien sûr, depuis le temps, j’ai enlevé toute la dimension morale de cette démarche (ce que votre invité appelle le « virtue signalling ») et j’en garde simplement celle qui relève de notre capacité à l’empathie qui, par effet boomerang, nous renvoie à nous.
    J’aime votre motto final « vous n’imaginez pas ce que vous pensez » — et c’est bien vrai qu’il s’agirait de l’imaginer — et / mais je trouve qu’il me rappelle le « connais-toi toi-même » de Socrate ou cette citation de Montaigne que j’ai en affiche : « Il y a autant de distance entre moi et moi-même qu’entre moi et les autres, et lorsque je regarde au-dedans de moi, je ne vois que rapiècements et bigarrures ».
    C’est beau comme du Montaigne.

    Peut-être ai-je écouté trop de podcasts en trop peu de temps et faut-il que je m’accorde une petite pause introspective parce que je suis assez remué, ce qui est d’ailleurs très intéressant 🙂

    Merci pour ce podcast et pour la qualité de pensée de votre interlocuteur.

    En marge : Vous pratiquez une chose que j’aimerais tellement voir se développer et qui consiste à « timer » vos vidéos dans leur description.

    Cordialement,
    en espérant que vous aurez le temps de m’éclaircir.

    1. Comme je l’explique dans la section “à propos“ du site, j’utilise effectivement la métacognition comme outil pour mieux connaître ses mécanismes cognitifs personnels en vue d’agir avec plus de discernement. Cela passe par deux approches distinctes :
      – l’échange avec des experts pouvant apporter un éclairage sur la manière dont les êtres humains pensent, de manière générale ;
      – l’échange avec une personne comme vous est moi qui a opéré un changement dans sa façon de penser, suite à une remise en cause profonde de sa manière de se voir, de voir le monde et les autres.

      La métacognition, c’est le simple fait d’avoir une réflexion sur sa propre pensée ou celle des autres. C’est ce que j’invite tout un chacun à faire, en questionnant ses modes de pensée qui sont le plus souvent issus d’injonctions extérieurs non identifiées. Et certaines peuvent nous faire beaucoup souffrir. Je résume ma démarche ainsi : la pensée critique appliquée à soi.

      Attention à l’overdose, effectivement !
      À bientôt, Isostome.

  5. J’adore le « pourquoi avons-nous des opinions différentes alors que le substrat est censé être commun et stable? »
    J’aime la question mais l’idée du substrat commun et stable…n’est-ce pas là un axiome irréfutable?

    1. Hmmmm… Je pense que pour resoudre cette question, on peut la diviser: c’est refutable dans le sens où il faudrait refuter les atomes, la gravité, les forces fondamentales etc…c’est la ‘realité’ que je signifie quand je dis « un substrat commun et stable ». Donc je pense que c’est refutable d’une certaine manière mais je ne suis pas très convaicu donc j’aime bien la question 🙂

  6. Bonjour,

    Podcast absolument passionnant que je découvre par hasard, sur un sujet que je connais très mal mais auquel je vais désormais m’intéresser, merci beaucoup.
    J’ai une question annexe, à quels jeux vidéos joues Albert Moukheiber ?

  7. Intéressant dans l’ensemble. Par contre ce monsieur ferait mieux de s’abstenir de parler d’Einstein parce qu’à part étaler son ignorance sur ce personnage et sur l’histoire de la physique il perd en crédibilité globale en montrant qu’il se prononce même quand il ne maîtrise pas un sujet. Dommage car il m’en faudra bien plus pour avoir confiance en sa méthode. 

    1. @Albert Moukheiber
      Excusez-moi, je me rends compte que mon message est un peu sec…
      Ce que je veux dire c’est que ça me fatigue d’entendre toujours les mêmes légendes urbaines concernant Einstein.

      – non il n’a jamais rejeté la physique quantique dont il est même le premier père fondateur. Il reconnaissait la redoutable efficacité de la théorie. La seule chose qu’il a rejeté, c’est l’interprétation de l’école de Copenhague. Pour lui une théorie ne pouvait pas être probabiliste et donc il a postulé qu’il devait y avoir des variables cachées. 

      – Et il s’est trompé beaucoup moins que la plupart des physiciens au regard de tout ce qu’il a découvert.

      Par exemple, c’est lui qui a vu par une expérience de pensée que si on prenait l’interprétation de Copenhague au sérieux, alors il devait exister des particules intriquées. Donc même si il a eu tort de rejeter cette vision, il a quand-même vu ce que personne n’avait remarqué jusque là (le papier EPR est d’ailleurs le plus cité de l’histoire de la science et est un pur chef d’oeuvre argumentatif.)

      – Ensuite il a introduit la constante cosmologique dans sa relativité générale pour de mauvaises raison. N’empêche qu’aujourd’hui elle fait partie du formalisme et pourrait jouer un rôle dans l’explication de l’énergie sombre.

      En conclusion, il se trompait, certes, mais avec d’excellents arguments (attention au biais rétrospectif, donc) et en faisant progresser la connaissance.

      Qui a prédit et découvert de son vivant autant de choses que lui ? Personne.

      Sinon très chouette podcast ! Donc je m’excuse de m’être focalisé trop sur ce point. 

    2. Merci pour ces précisions !
      En fait on m’avait deja fait la remarque à la sortie du podcast, ce qui veut pas dire que je comprends Einstein maintenant pour autant. Donc j’arrête les Einstein analogies. Surtout que je l’aime bien à l’autre Albert 😉

      Ca fait plaisir de savoir que pour autant le reste du podcast etait intéressant pour vous!

  8. C’était tellement pertinent et rafraîchissant! Merci et bravo pour votre travail.
    Petite question, Albert Moukheider consulte-t-il encore? Est-ce possible de prendre rendez-vous? 

  9. J’ai rarement vu un podcast aussi bien construit, c’est à la fois dense en informations et super accessible, et je tiens vraiment à saluer le travail que vous faites qui permet de naviguer aussi aisément sur le site, avec les teasers, le timing des sujets abordés ou encore les divers liens complémentaires concernant chacun de ces sujets. Franchement c’est impressionnant. Merci à la créatrice du podcast et à l’intervenant pour la rigueur de votre travail respectif. Je suis trop contente d’avoir découvert ce podcast !

  10. Bonjour,

    J’aime beaucoup ce podcast, merci beaucoup pour toutes ces réflexions. Je ne l’ai pas encore fini mais j’ai néanmoins l’audace de vous soumettre deux commentaires. Mais ils sont anecdotiques (mais un peu longs).

    Premièrement, au début du troisième épisode vous parlez de l’effet Dunning Kruger. Elisabeth, vous parlez d’un pic dans la courbe des connaissances estimées vs réelles, et Albert, il me semble que vous en parlez aussi plus tard lorsque vous évoquez votre arrivée en thèse et la réalisation de l’étendue des choses que vous avez encore à apprendre, comme on dit poliment. Peut-être que j’ai mal compris ce que vous disiez, mais il me semble qu’en fait vous faites référence à la version satirique de la courbe de Dunning Kruger (cf légende de la courbe dans wikipedia), qui commence par la montagne de la stupidité puis la vallée de l’humilité, etc… Mais quand on regarde l’article original de Dunning et Kruger, il n’est pas question de vallée de l’humilité. On voit simplement un graph avec deux courbes : une courbe pour les connaissances réelles et une courbe pour les connaissances auto-estimées. Mais il n’y a pas de vallée dans la courbe des connaissances auto-estimées, les deux courbes sont en fait quasiment des droites de pentes positives, simplement celle des connaissances auto-estimées a une pente plus faible et part de plus haut, les deux droites se rejoignant au niveau de connaissance le plus élevé de l’étude.

    J’ai une autre remarque sur le début de l’épisode 2. A environ 5 minutes, vous évoquez très rapidement le concept de racisme anti-blanc, dont vous dites qu’il est un non-sens, car il n’y a pas de racisme systémique contre les blancs. Je suis un peu contre cette idée, qui me vaut la joie de me faire régulièrement défoncer sur des forums dès que je donne mon avis sur la question. Comme vous parlez de l’appréciation du jugement moral sur l’inceste et la pédophilie, je sais que vous êtes quelqu’un de très ouvert, prêt à questionner les opinions les plus ancrées et que vous saurez poser les doigts sur le clavier sans en venir aux mains (le cas échéant).
    Alors, à mon humble avis, je trouve qu’il y a quelques incohérences dans cette opinion (populaire parmi mes fréquentations), opinion qui me semble assez nouvelle, mais je peux me tromper. La plupart des dictionnaires donnent encore comme définition du racisme qu’il est simplement de l’ordre d’une discrimination en raison de l’origine ethnique (ou religieuse etc…), et parfois même d’une discrimination envers un groupe humain quel qu’il soit (racisme envers les femmes, envers les jeunes…) sans parler de systémie. Cette évolution récente du langage laisse encore quelques incohérences derrière elle : on dira d’une agression qu’elle peut être raciste, alors qu’une agression isolée ne peut être systémique à elle toute seule. Elle peut bien sûr se situer dans un contexte de racisme systémique, mais on dira pourtant qu’elle est raciste en elle-même. Et même l’expression de « racisme systémique » trahit une petite hypocrisie. Si on doit préciser du racisme qu’il est systémique, c’est qu’on reconnait implicitement que le racisme tout seul ne l’est pas. On utilise donc soi-même le mot racisme avec la signification que justement on lui nie. On ne parle pas, par exemple de féminisme anti-sexiste sans supposer (ici très étrangement) que le féminisme a lui seul ne serait pas anti-sexiste.
    Pour moi, une agression pourrait très bien relever du racisme anti-noir que du racisme anti-blanc, tant qu’elle est motivée par l’origine ethnique de la victime. Le problème est que le concept de racisme anti-blanc est largement instrumentalisé par l’extrême droite pour faire croire qu’il y aurait une équivalence d’ampleur entre les deux (biais d’équivalence ?). Il me semble qu’au lieu de combattre cette prétendue équivalence par les arguments, on préfère changer la définition de racisme, de sorte à rendre l’expression racisme anti-blanc sans signification. Plutôt que de combattre les arguments de la partie adverse, on préfère invalider son discours en se contentant de retirer un mot du vocabulaire pour lui couper les pattes. Effectivement, il y a une énorme différence en ampleur entre le racisme anti-minorités et le racisme anti-blanc, mais à mon avis ça n’est pas pour cela que les deux phénomènes devraient porter un nom différent. Pour prendre un sujet neutre : on reconnait bien que le rhume et le cancer sont des maladies, et pourtant les cancéreux ne prennent pas ça comme une insulte. Vous noterez que cette comparaison n’est pas un argument mais ne sert qu’à susciter la dissonance cognitive.
    Je sais qu’il est très contre-productif de vouloir nommer les biais cognitifs des autres, mais comme on est entre nous, je vais quand même dire que je trouve que ces raisonnements relèvent du biais de militantisme, comme évoqué dans l’épisode 7 avec Laurent Puech. Nommer le racisme anti-blanc, c’est très souvent être automatiquement catalogué dans le camp de Zemmour et attirer la foudre comme un skinhead qui ferait son footing dans Harlem. C’est être traité de pauvre petit bichon qui veut attirer l’attention sur lui et détourner le débat. C’est être en proie à des procès d’intention inébranlables. Vous noterez que cette dénégation du racisme non systémique semble ne s’appliquer qu’aux autochtones. Si une seule personne en France, pour une raison obscure, détestait les finlandais, si elle avait des affiches chez elle, par exemple, moquant leurs cheveux blonds et leur accent, prônant l’expulsion voire l’extermination des finlandais et que cette personne agressait un finnois, on n’aurait aucun problème à qualifier cette agression de raciste (j’imagine), bien qu’il n’existe aucun racisme systémique contre les touristes finnois. Même si ce serait un racisme assez inhabituel. C’est pour cela que je trouve que cette définition relève d’un militantisme qui, par définition, est focalisé sur l’actualité au prix de sa cohérence à plus large échelle.
    Et pour en parler, on se retrouve très souvent à préciser son orientation politique au préalable, ce qui ne devrait jamais faire partie d’un argumentaire. Même si ici ça ressemble trop à un « je suis pas raciste mais… » pour fonctionner. Personnellement, je préfèrerais utiliser l’expression racisme anti-blanc, et « militer » pour dire que le racisme anti-blanc n’est pas systémique.

    1. Bonjour Éric,

      Merci pour votre commentaire.

      1) effectivement il n’y a pas de vallée dans l’enfer Dunning Kruger, d’ailleurs tout l’effet est remis en cause, par contre il y a encore d’autres effets de biais de surconfiance comme l’illusion de profondeur explicative ou le bullshit pseudoprofond. Aussi, en éducation on parle de plateau dans l’apprentissage qui peut s’apparenter a une forme de vallée où on sent qu’on ne progresse plus. Mais, c’est plus de l’ordre de la métaphore que de la quantification.

      2) Pour le racisme anti blanc, c’est effectivement un effet comparatif dû aux effets de volume. Et je pense que les deux méthodes pour lutter contre les détournements sont « viables », dire que c’est pas la même chose dans le sens ça existe en événements isolés ou dire que ça n’existe pas de manière systémique, les deux me vont tant qu’on évite les fausses équivalences.

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