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Votre ADN vous veut du bien

Par Élisabeth Feytit
Sommes-nous donc condamnés à être les spectateurs sidérés et impuissants de la destruction de l’Homme par l’Homme ?

Sommes-nous donc condamnés à être les spectateurs sidérés et impuissants de la destruction de l’Homme par l’Homme ?

Fonte des glaces, massacres de civils, disparition des girafes, pédophilie, dictature de la finance, viols de guerre, mafia, impunité des dirigeants… Que pouvons-nous face à l’annonce journalière de catastrophes plus scandaleuses les unes que les autres ? Et que pouvons-nous face à la banale bassesse de nos comportements quotidiens ? Haine du voisin, femmes battues, surconsommation, surendettement, dégoût du riche, stigmatisation du pauvre, rejet du migrant, mort anonyme du sans-abris…

Les informations s’enchaînent, les révélations, les dénonciations. Nous pensons peut-être encore qu’elles nous apporteront vérité et soulagement, changement. Tout ça est tellement gros ! Les exactions si évidentes et inouïes ! Mais non. Ce flot incessant ne fait qu’ajouter à notre peine, à notre désarroi, au poids informe et gluant de notre responsabilité personnelle et collective.

Alors, par vagues, nous sommes envahis par la peur. Comment ne pas l’être ? Car ce que nous vivons actuellement porte directement atteinte à ce que notre ADN permet : la survie de l’espèce. À cette peur animale de mourir, de disparaître, nos réactions varient de l’apathie à la révolte, du renoncement à la violence, en passant par le cynisme ou la fuite dans la consommation, le tiercé, la drogue, l’engagement idéologique et que sais-je encore. Et tout cela est bien compréhensible ; tout cela s’explique.

Mais force est de constater que de telles réactions n’ont jamais rien résolu.

Bien sûr, nous avons été bercés au doux refrain de « la connaissance sauvera l’humanité ». Mais où en sommes-nous aujourd’hui, au moment où Internet nous offre, gratuitement ou presque, toute la connaissance du monde ? Apprendre, connaître, savoir nous apporte-t-il la libération, la capacité de discernement ? Manifestement pas. Non, la connaissance ne suffit pas.

« C’est l’amour qui sauvera l’humanité » ! Mais l’amour d’une mère empêche-t-il les comportements à risque ? L’amour de son pays empêche-t-il la guerre ? L’amour d’un homme l’empêche-t-il de battre sa femme ? L’amour pour un dieu empêche-t-il l’intolérance ? Manifestement pas. Non, l’amour ne suffit pas.

Alors est-ce l’art qui sauvera le monde ? La philosophie ? La politique ? Le repère identitaire ? Les progrès de la science ? J’ai bien peur que tout cela ne suffise pas non plus. Car toutes ces choses, malgré leur beauté ou leur puissance, ne nous immunisent pas contre la bêtise et la négligence envers nous-mêmes et les autres. Elles ne sont tout simplement pas suffisantes à la compréhension de ce que nous vivons, de ce que nous reproduisons dans une course effrénée dont la fin n’a jamais semblé si proche.

Mais alors, d’où peut-elle donc émerger cette compréhension, cette clairvoyance qui nous permettra enfin d’arrêter de nous auto-détruire ? 

De ce lieu intime et propre à chacun, de cet espace mental où nous prenons le temps de réfléchir et observer nos insuffisances personnelles, nos raccourcis faciles, notre complaisance, notre manque de courage, notre impatience, et depuis lequel nous pouvons mettre fin à des schémas mentaux et comportementaux issus de traditions non-questionnées, d’habitudes et de superstitions.

Réfléchissons ! Non pas en terme de croyance politique ou religieuse, non pas en terme de morale dictée par la culture dont nous sommes issus. Réfléchissons plutôt AU SUJET de ces croyances et de cette morale prétendument universelle. Réfléchissons à notre si grande tolérance envers ces évidences et ces fausses bonnes idées. Questionnons et défaisons-nous de ces chimères qui ont justifié à travers les siècles et continuent de justifier tant de nos violences et de nos négligences.

L’auto-destruction ne nous est pas naturelle, elle n’est pas inscrite dans notre ADN ! L’auto-destruction individuelle et collective est une construction culturelle, un choix qu’il nous appartient de comprendre à sa source, chacun à notre niveau, et qu’il nous est possible de désosser, pièce par pièce, pour revenir à l’essence-même de la vie : l’évolution.

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Commentaires

  1. Très beau.  La connaissance de soi sauve celui qui se connait. Il faut passer par soi. Ne pas attendre que l’ « autre » fasse le travail à notre place. L’autre ne peut pas me sauver tout comme je ne peux pas sauver qui que ce soit.  Penser par soi-même est la seule voie.

  2. Mouais… Sauf que l’évolution, au sens biologique, est en elle-même une auto-destruction. Lorsqu’il aura évolué, homo sapiens n’existera plus, remplacé naturellement par les espèces descendantes. L’argument de « l’ADN qui nous veut du bien » ne tient donc pas la route (sans parler de l’intentionnalité donné à un polyélectrolyte…).
    Et pour celui d’une acception plus culturelle de notre « évolution « , pas sûr que cela soit mieux. Sans forcer le nihilisme, on pourrait citer Nietzsche : « L’humanité ne représente nullement une évolution vers le mieux, vers quelque chose de plus fort, de plus élevé au sens où on le croit aujourd’hui. Le progrès n’est qu’une idée moderne, c’est-à-dire une idée fausse. »
    Donc oui, nous sommes « condamnés » à observer notre auto-destruction, biologique ou culturelle (petite larme pour Notre Dame…). Mais cela ne nous oblige aucunement à rester prostré dans la peur. La solution ne serait-elle pas plutôt dans l’acceptation raisonnée de notre temporalité, nous laissant finalement peu de temps à perdre pour améliorer notre présent ?

    1. Oui, une espèce, en évoluant, disparaît à terme. De même que vivre c’est mourir un peu chaque jour. Mais on pourrait aussi bien dire qu’en évoluant, cette espèce assure sa survie dans une lignée ininterrompue, ce qui est bien différent d’une espèce qui s’éteint. Car tout organisme vivant « cherche » à survivre et se reproduire, caractéristique transmise par ses aïeux et qui rend son existence possible aujourd’hui. Oui, dire que « l’ADN nous veut du bien » porte en soi une intentionnalité qui va à l’encontre de la théorie de l’évolution que je ne remets nullement en cause. Il y a dans ce texte un lyrisme que je ne nie pas, et je peux comprendre que vous n’y adhériez pas. Précisons aussi que je n’invoque pas ici l’évolution de notre ADN dans le temps imparti à notre génération, ce qui est parfaitement impossible. Pour revenir à mon propos, je crois qu’il nous faut réinventer la manière dont nous nous pensons et dont nous vivons. L’évolution contemporaine de notre mode de vie, dont nous sommes acteurs et témoins, nous plonge dans un environnement matériel et psychique qui n’a plus rien à voir avec celui dans lequel la personne des cavernes vivait. Cette personne-là, que nous sommes toujours dans notre constitution biologique, est sans doute plus adaptée aux dangers d’une nature sans pitié qu’aux algorithmes de Facebook. Une rupture s’impose avec les modes de pensée qui ont régi nos vies ces derniers millénaires. La tâche n’est pas simple. En voir la difficulté est important car c’est un pas indispensable sur le chemin du changement. Alors oui, je vous rejoins tout à fait sur la nécessaire prise en compte de notre temporalité, de nos limites, de nos erreurs… et du fait que Notre Dame est en ruine.

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