#18

Éducation positive ? Vraiment ?

Avec Béatrice Kammerer, journaliste scientifique, spécialiste de l’éducation

Quel parent ne souhaite proposer à son enfant un cadre qui lui permettra de devenir un adulte épanoui, capable d’identifier et d’exprimer ses besoins, ses désirs et ses talents ?

Ces 20 dernières années, l’éducation positive a fait son chemin dans nos esprits, jusqu’à devenir une notion incontournable du paysage de la parentalité. Si cette pratique semble aujourd’hui tomber sous le sens, il m’est apparu important d’aller justement la questionner, la scruter dans ses recoins parfois obscurs,pour que celles et ceux qui y ont recours le fassent en connaissance de cause, hors d’une adhésion de principe à ce qui, il faut bien l’admettre, flirte finalement assez souvent avec les injonctions et le dogme.

Pour ce faire, je suis allée à Lyon, rencontrer Béatrice Kammerer, journaliste scientifique, spécialiste de l’éducation.

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Épisode #18.155mn
L'éducation positive, qu'est-ce donc ?

Comment peut-on définir ce concept et d’où vient-il ? Que propose-t-il pour accompagner au mieux nos enfants et lutter contre les “violences éducatives ordinaires“ ?

Timecodes Épisode #18.1

00:02:08Béatrice Kammerer et l’éducation positive : didactique des sciences, blogs parentaux, Les Vendredis intellos, journalisme scientifique, refus de l’infantilisation.
00:17:43Qu’est-ce que l’éducation positive ? Les violences éducatives ordinaires (VÉO), le parent thérapeute, la différence avec le laxisme, responsabilisation de l’enfant, définition du Conseil de l’Europe.
00:27:05L’émergence du concept: directives de l’Éducation nationale, réseau REAAP de la Sécurité sociale (CAF), programme Triple P, l’éducation négative de Jean-Jacques Rousseau, le positivisme d’Auguste Comte.
00:33:11Les fondements théoriques : Carl Rogers, écoute active de Thomas Gordon, ateliers Faber et Mazlish, communication non-violente (CNV) de Marshall Rosenberg, théories de l’attachement, hospitalisme, le parent suffisamment bon, expérience de la situation étrange, psychologie positive de Martin Seligman, bien-être à l’école.
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Épisode #18.262mn
Enfant, qui es-tu ?

C’est quoi un enfant, finalement ? Du Moyen-Âge au XXe siècle, chaque époque en a eu sa compréhension et donc sa propre façon d’accompagner cet être à part.

Timecodes Épisode #18.2

00:00:48La prise en compte de l’enfant du Moyen-Âge au XIXe siècle : injonctions religieuses, père éducateur, mortalité infantile, création de la puériculture et des sages-femmes, vaccination contre la variole, hygiénisme.
00:12:13Scientisme et injonctions contradictoires : mort subite du nourrisson, des parents jugés incompétents. 18:55 : La naissance de la parentalité : le choix de procréer, le succès parental, le marché de la puériculture, “J’élève mon enfant“ de Laurence Pernoud, allongement du temps consacré aux enfants.
00:18:55La naissance de la parentalité : le choix de procréer, le succès parental, le marché de la puériculture, “J’élève mon enfant“ de Laurence Pernoud, allongement du temps consacré aux enfants.
00:25:18Psychologisation des esprits : Françoise Dolto, psychanalyse, autisme et inceste.
00:30:44Quelques pratiques passées : opium, somnifères, masturbation, lois de protections de l’enfance, bagnes pour enfants, les grands-parents, Victor Hugo.
00:38:38Le mouvement de l’éducation nouvelle : Steiner, Montessori, Freinet, Piaget, l’école de Jules Ferry, les châtiments corporels à l’école. Janusz Korczak, chirurgie des bébés sans anesthésie, Convention internationale pour les droits de l’enfant de l’ONU.
00:50:05Peut-on critiquer l’éducation positive ? Isabelle Filliozat, livres, ateliers, formations de formateurs, positive washing, coaching parental.
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Épisode #18.364mn
Tous neurophiles !

Béatrice Kammerer nous parle culpabilisation, idéalisation… et science. Autant vous prévenir, nos idées préconçues en prennent un coup !

Timecodes Épisode #18.3

00:00:42La dévalorisation de la compétence parentale : Isabelle Filliozat, Sophie Benkemoun, loi contre les violences éducatives ordinaires (VÉO), violence vis-à-vis des parents, la culpabilité de la mère, critiques de l’entourage.
00:11:35La peur de mal faire : le parent shaming, adultisme, entraide entre parents, place sociale des parents dépolitisée.
00:17:20L’accompagnement de l’enfant : idéalisation de l’enfant, conjuguer inné et culturel, motricité libre (Emmi Pikler), la mère “réservoir émotionnel“, organiser le milieu de l’enfant.
00:23:51Les inégalités parentales : mère coach de la famille, inégalités sociales, classisme, infantilisation des parents, injonctions simplistes, Catherine Dumonteil-Kremmer, non ou stop.
00:31:13La charge mentale des mères : maternage proximal (allaitement, cododo), stéréotypes du rôle de père et de mère, répartition des tâches domestiques et parentales, congé paternité, toute-puissance maternelle.
00:41:32Le burn-out parental : Isabelle Roskam, société individualiste, sur-responsabilisation des parents, famille nucléaire, comparaison avec les primates.
00:47:10Le goût pour l’information scientifique : Catherine Gueguen, argument d’autorité, dramatisation, niveaux de preuve, cherry-picking, impact des fessées, Daniel Siegel, Tina Payne Bryson, Isabelle Filliozat, extrapolations abusives, expériences animales, addiction aux écrans, cerveau droit / cerveau gauche, neuromythes, Conseil scientifique de l’Éducation nationale.
00:56:18Cerveau reptilien et néocortex : l’avis des scientifiques, détournement de la science, neurosciences, les biais de la recherche, la science n’est pas prescriptive, l’amygdale, l’hippocampe, les effets du militantisme.
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Épisode #18.462mn
Confusion et bricolage.

Ça a bien piqué la semaine dernière et vous saviez en appuyant sur play aujourd’hui que vous pouviez vous attendre à un bain d’orties. Je ne peux vous donner tort, mais rassurez-vous il y aura aussi des choses réjouissantes dans le quatrième et dernier chapitre de cette épique série.

Timecodes Épisode #18.4

00:01:01Le cortisol, hormone du stress, un poison pour le cerveau ? Catherine Gueguen, Isabelle Filliozat, l’ocytocine, hormone de l’amour ? accouchement, allaitement.
00:08:24La fessée : études scientifiques, corrélation / causalité, conséquence et efficacité éducative.
00:14:03Les caprices : arguments sociaux et neurologiques, Daniel Siegel, neurosciences, neuromythes, dramatisation, Catherine Gueguen, effet seuil / effet dose, l’enfant est-il condamné au pire ? injonctions paradoxales.
00:22:24La dérive autoritaire : Maja Mijaelovick, Les lunettes de Maja, influenceuses Instagram, culpabilisation des mères, signalements à la Miviludes. Pouvoir des experts, soignants, gourous, attentes démesurées, vulnérabilité.
00:29:33Quelques solutions : relation parent/enfant, situation de handicap, responsabilité parentale / libre-arbitre de l’enfant, comment évaluer ce qui marche ou pas, obéissance, négociation, esprit critique, égalité mère/père, masculinité toxique.
00:40:14Le bricolage éducatif : créativité éducative, essai et erreur, montrer l’exemple, sacrifice, la journée du Yes, questionner les règles.
00:46:03Se respecter en tant que parent : émotions, bienveillance vis-à-vis de soi, harmonie / dialogue, le conflit, l’effort, différence danger/risque, Michel Fize, crise d’adolescence / crise parentale, transgression et désir d’autonomie.
00:59:22La Minute stupide.
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L'émission en bref
Les meilleurs passages

Ressources
Pour aller plus loin

Ressources Épisode #18.1
L'éducation positive, qu'est-ce donc ?

Émergence du concept :

Fondements théoriques :

  • Les fondements philosophiques de la pensée de Carl Rogers, par Daval René (Approche Centrée sur la Personne, Pratique et recherche, février 2008) : https://doi.org/10.3917/acp.008.0005

  • Parents efficaces, de Thomas Gordon (Poche Marabout, 2013).

  • Les mots sont des fenêtres (ou bien ce sont des murs), de Marshall B. Rosenberg (La découverte, 2016).

  • Parler pour que les enfants écoutent, écouter pour que les enfants parlent, de Adele Faber et Elaine Mazlish (Editions du Phare, 2012, réédition augmentée).

  • La psychologie positive, de Rebecca Shankland (Dunod, 2012).

  • The President’s Address [Annual Report], par Martin E.P. Seligman (American Psychologist, août 1998).

Théories de l’attachement et hospitalisme :

Éducation à l’école :

Ressources Épisode #18.2
Enfant, qui es-tu ?

Au Moyen-Âge et sous l’Ancien régime :

  • Les femmes n’ont pas toujours été les principales actrices de la grossesse. Et les recommandations destinées aux futurs pères avant même la conception semblent redevenir d’actualité, par Béatrice Kammerer (Slate, avril 2016) : http://www.slate.fr/story/116887/peres-baver-pendant-grossesse

  • L’enfant et la vie familiale sous l’Ancien régime, de Philippe Ariès, 1960 (Points, 2014).

  • Histoire des pères et de la paternité, de Jean Delumeau et Daniel Roche (Larousse, 2020).

  • Naître et grandir au XVIIe siècle, le récit véritable d’une sage-femme, de Louise Bourgeois, 1642, suivi du Journal pédiatrique, de Jean Héroüard, années 1601-1602 (Paléo Editions, octobre 2000).

  • Les enfants non baptisés ont-ils droit au paradis ? par Béatrice Kammerer (Slate, avril 2016) : http://www.slate.fr/story/117265/enfants-non-baptises-droit-paradis

Au XIXe siècle :

  • L’école des sages-femmes : Naissance d’un corps professionnel, de Nathalie Sage-Pranchère, 1786-1917 (PU Rabelais, 2017).

  • La mortalité infantile en France depuis le milieu du 18ème siècle (INED) : https://www.ined.fr/fr/tout-savoir-population/memos-demo/focus/la-mortalite-infantile-en-france/

  • Semmelweis, de Louis-Ferdinand Céline (Gallimard, 1999).

  • Prime éducation et morale de classe, de Luc Boltanski, 1977 (Walter de Gruyter, 2018).

  • L’art d’accommoder les bébés, Geneviève Delaisi de Parseval et Suzanne Lallemand (Odile Jacob, 2001).

  • Être un bon parent : une injonction contemporaine, de Claude Martin (Presses de l’EHESP, 2015).

  • Les lois de protection des enfants au XIXe siècle :

– Loi du 22 mars 1841 contre le travail des enfants dans les manufactures : http://travail-emploi.gouv.fr/IMG/pdf/loi_22_mars_1841-2.pdf

– Loi du 7 décembre 1874 contre la mendicité enfantine : http://travail-emploi.gouv.fr/IMG/pdf/Loi_du_7_decembre_1874.pdf

– Loi Roussel du 23 décembre 1874 : http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k54927363/f468.item

– Loi du 25 juillet 1889 sur la déchéance de la puissance paternelle : http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k5493641c/f435.item

Au XXe et XXIe siècle :

Ressources Épisode #18.3
Tous neurophiles !

Jugement et surresponsabilisation des parents :

Reproduction transgénérationnelle des violences :

Cadre de développement de l’enfant :

Inégalité entre parents :

  • Le partage des tâches parentales : les pères, acteurs secondaires, par Carole Brugeilles et Pascal Sebille (Informations sociales, 2013) : https://www.doi.org/10.3917/inso.176.0024

  • En 25 ans, moins de tâches domestiques pour les femmes, l’écart de situation avec les hommes se réduit, par Layla Ricroch (Femmes et hommes – Regard sur la parité, Insee Références, édition 2012) : https://www.insee.fr

  • Un nouveau travail de “care” conjugal : la femme “thérapeute” du couple, par Irène Jonas (Recherches familiales, 2006) : https://www.cairn.info

  • Sociologie des enfants, de Martine Court (La découverte, 2017).

Charge mentale :

Neuromythes :

Ressources Épisode #18.4
Confusion et bricolage.

L'ocytocine :

Les fessées :

Spanking and Child Outcomes: Old Controversies and New Meta-Analyses, par Elisabeth T. Gershoff, Andrew Grogan-Kaylor (Journal of Family Psychology, avril 2016) : https://doi.org/ 10.1037/fam0000191

Figures d’autorité et pseudosciences :

  • Pour une enfance heureuse, de Catherine Gueguen (Pocket, 2015).

  • J’ai tout essayé, d’Isabelle Filliozat (Lattes, 2011).

  • Le cerveau de votre enfant, de Daniel Siegel & Tina Payne Bryson (Les arènes, 2015).

  • Collectif Cocorico : https://collectifcocorico.fr

Dérives :

Masculinité toxique :

  • Tu seras un homme féministe mon fils, de Aurélia Blanc (Marabout, 2018).

Bricolage éducatif :

  • Yes Day, de Amy Krouse Rosenthal & Tom Lichtenheld (Harper Collins, 2009).

  • L’adolescent est une personne, de Michel Fize (Seuil, 2006).

Suggestions
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Commentaires

  1. Bonjour merci beaucoup d’aborder de cette façon ce sujet. Je suis intéressée par le travail de Carl rogers dont vous parlez sur sa façon de penser la relation patient accompagnant en psychothérapie. Auriez vous des références de textes à lire de lui pour avoir accès à ses idées ? Merci à vous pour ce partage

    1. Il y en a beaucoup! Un exemple possible: https://www.cairn.info/revue-approche-centree-sur-la-personne-2008-2-page-5.htm
      Sinon, son ouvrage de référence: Rogers Carl (2008). La relation d’aide et la psychothérapie, Paris, ESF. 

  2. Bonjour, je n’ai pas eu le temps d’écouter tous les épisodes je l’avoue. C’est toujours intéressant d’avoir la version critique des tendances émergentes et progressistes. Ici l’éducation positive puisqu’il faut que le respect d’un enfant porte un nom, une méthode.  Certes elle ne devrait pas s’imposer de façon tyrannique, au modèle de cet héritage éducationnel autoritariste qu’elle dénonce. Cependant cet héritage est bien réel, il ne faut « jeter le bébé avec l’eau du bain »(expression qui n’est pas très « positive » pour le coup:)).
    En effet, dans le quotidien d’une maman, d’un papa, et de toute éducateur aujourd’hui, la plus grande majorité des critiques très violentes sont faites de ces personnes qui prônent l’autorité et l’obéissance, qui culpabilisent la trop grande proximité d’une mère avec son enfant qu’elle allaite, d’un parent qui souhaite porter son enfant contre lui plutôt que dans une poussette, d’un autre qui ne bouscule pas assez son enfant lorsqu’il pleure un peu trop ou lorsqu’il ne dit pas merci, lorsqu’il ne s’endort pas à heure fixe,ou lorsqu’il demande à être écouté, ou simplement lorsqu’il ne réagit pas comme un bon toutou bien dressé… Oui il est possible qu’un nouveau courant opposé est en train de s’élever de façon maladroite et extrême, mais la très grande majorité de la violence s’exerce encore de la part de l’ancienne génération, et effectivement même à travers des jeunes qui ont intériorisé cette domination sur l’enfant comme ordinaire. Ce sont des représentants du système éducatif, des parents, beaux parents, des voisins, ou même de totales inconnus qui se permettent de venir juger et culpabiliser un parent jusqu’à le rendre responsable de chaque crise d’évolution que vit l’enfant, jusqu’à évoquer systématiquement lorsqu’un bébé pleure les dangers de l’enfant tyrannique, l’enfant roi, l’enfant fusionnel, les parents laxistes, les enfants qui n’auraient plus de valeurs…etc et j’en passe…
    Ce ne sont donc pas les bases théoriques de l’éducation positive qui posent soucis selon moi, cela semble au contraire plein de bon sens, donner au parent des outils pour ne pas avoir à utiliser son pouvoir de force sur l’enfant avec tout ce que cela implique. Le problème vient sans doute de toute attitude discriminante, mais sur ce point, effectivement, l’humanité entière a du travail à faire et cela pourra passer par nos enfants. Donc essayer de développer quelque chose de radicalement opposé à ce qui existe et qui nous a amené à ce niveau de discrimination des uns et des autres est plutôt une bonne chose.

    1. Effectivement, si vous trouvez le temps d’écouter les épisodes vous constaterez qu’il ne s’agit pas de critiquer le bien fondé de respecter les enfants et d’être attentifs à leurs besoins. Mais bien d’essayer de comprendre comment cette nouvelle aspiration (légitime) est promue et quels problèmes ce mode de promotion peut susciter. En fait, la question n’est pas de se demander s’il faut ou non respecter un enfant (en tout cas pas pour moi), mais jusqu’où il est légitime/possible/pertinent d’être coercitif pour impulser cette évolution sociale. Par exemple, je fais partie des personnes qui se félicitent que soit inscrite dans la loi l’interdiction des châtiments corporels (la loi représente pourtant une forme de coercition) mais qui réprouvent totalement qu’on instrumentalise les découvertes en neurosciences au point de laisser croire aux parents qu’un simple haussement de ton a détruit le cerveau de leur enfant au seul titre de les « convaincre » de changer d’attitude éducative.
      En revanche, je ne saurais absolument pas affirmer comme vous le faites que la majorité de la violence vient du « camp » de l’éducation traditionnelle, plutôt que de celui de l’éducation positive. Les deux ont des argumentaires très différents, des moyens de pression, et des appuis institutionnels très différents. La comparaison me semble pour le moins hasardeuse et je préfère « militer » pour le renforcement du pouvoir d’agir des parents. 
      Enfin, je pense – contrairement à ce qu’affirment les partisans de l’éducation positive – que l’idéal qu’ils proposent n’a rien de simple. Quand vous dites « cela semble plein de bon sens [de] donner au parent des outils pour ne pas avoir à utiliser son pouvoir de force sur l’enfant », cette affirmation n’a rien de trivial, c’est au contraire un résumé des débats qui ont agité la pédagogie depuis au moins 2 siècles. En effet, si on peut assez facilement convenir que les châtiments corporels (par exemple) peuvent/doivent être bannis de l’éducation, qu’en est-il des autres formes de coercition? Peut-on réellement élever un enfant (c’est-à-dire lui permettre de grandir, de s’épanouir, d’exprimer sa personnalité mais aussi de lui permettre d’acquérir les savoirs et les compétences qui feront de lui un adulte socialement compétent, capable d’interagir et cohabiter avec ses semblables) sans (par exemple) lui imposer des règles de vie commune? des limites pour qu’il ne se mette pas en danger? sans promouvoir les valeurs qui nous sont chères ? voire, sans lui transmettre à notre insu (ne serait-ce que par le biais de la langue maternelle dans lequel nous l’élevons) des représentations sociales, culturelles, qui lui imposent un certain regard sur le monde? Ainsi, on se rend vite compte que la question de la domination des adultes sur les enfants n’est pas une simple injustice à abolir, c’est un équilibre permanent à trouver, une ligne de crête à construire et reconstruire au fil du temps, pour être à la fois la base de sécurité dont nos enfants ont besoin et le tremplin sur lequel ils pourront prendre appui pour tracer leur propre chemin. 

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