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Bonnes résolutions : et pourquoi donc ?

Par Élisabeth Feytit
Si l'on cherche ce qui est juste pour soi, on ne le trouvera certes pas au "milieu".

Conversation entre un Chercheur de réponses et une Observatrice.

C : Je crois que je vais me mettre à la méditation cette année.

Le soir, quand je suis chez moi, je me sens angoissé et ça me pousse à avoir des conduites addictives de diversion, seul ou en groupe. Il faut que j’arrive à calmer mon esprit dans ces moments-là, à retrouver ma paix intérieure.

O : Mauvaise nouvelle ! La méditation ne résout pas les problèmes.

La méditation est une technique qui permet de développer sa capacité d’attention et d’observation. C’est comme une gymnastique du cerveau, une éducation à la prise de recul sur ses pensées, et certains de ses effets neurologiques sont effectivement prouvés.

Méditer de manière régulière, le matin par exemple, comme on ferait des exercices de yoga – et sans en faire une nouvelle religion non plus – aiguise les capacités mentales de perception de soi et du monde donc, à terme, a un effet sur nos choix de vie.

Mais vouloir méditer quand on est perturbé n’avance pas à grand chose. Faire ça n’est autre chose qu’une fuite hors de notre réalité, au moment où elle s’impose à nous. Vouloir dissiper une souffrance, une peur ou une angoisse n’équivaut en aucun cas à la comprendre et à la dépasser.

Or une manière efficace de sortir de cette pollution mentale ou émotionnelle et des addictions qui en découlent – de faire l’expérience de la santé psychologique en somme – c’est d’y faire face. C’est d’observer de manière honnête ce qui se passe en soi physiquement et émotionnellement, à ce moment précis (pas plus tard, chez le psy, hein !). Les pensées, les douleurs, les pulsions qui nous traversent.

De là seulement peut émerger la compréhension profonde de ce que l’on reproduit à l’infini et des pensées qui sabotent notre existence jour après jour.

C : Je comprends, il va falloir que je me discipline.

O : Cela n’a rien à voir avec la discipline.

C : Mais la capacité de prendre du temps pour soi et de se mettre à l’écart de la distraction est une discipline salvatrice dans le monde actuel !

O : Ne vois-tu pas que la discipline est une diversion, elle aussi ? Une militarisation de l’esprit pour essayer (en vain) de le contrôler.

Je dirais que la capacité de se mettre à l’écart de la diversion psychologique est une… capacité (!) et non une discipline. Elle fleurit dès lors que l’on accorde une place à l’analyse des conditionnements liés à notre passé, à notre mémoire et à nos peurs existentielles. On comprend alors à quel point cet élan intérieur est puissant et fructueux. Ce n’est pas une discipline, c’est un jeu, né de la curiosité et d’une sorte de plaisir.

S’obliger à mettre de côté ces distractions ne mène pas loin ; cela accentue au contraire le mouvement de balancier d’un absurde artifice à l’autre. Parce qu’à bien y regarder, elles sont une addiction dans notre vie, et vouloir arrêter une drogue sans réalisation personnelle profonde n’a jamais été et ne sera jamais efficace.

Non, c’est assez simple, en fait. À un moment donné, sans culpabilité aucune, sans volonté de bien faire, il devient clair, limpide, qu’on n’a plus envie de ces épouvantails dans sa vie. C’est tout.

C : Trouver le juste milieu… une sagesse ancestrale. Mais comment s’écarter des extrêmes ?

O : Ah ah ! Tu cherches encore, cher Chercheur ?!

Les extrêmes… Voilà un autre concept plein de fausses évidences et de morale diabolisante ! Il renferme en lui-même un jugement a priori, tout à fait inutile – contre-productif même – dans la compréhension de ce qui nous entrave.

Qu’est ce que l’extrême ? Celui d’hier, d’il y a un siècle, d’il y a 500 ans, est-il identique à celui de demain ? Celui d’ici est-il identique à celui d’ailleurs, là-bas ? Je veux dire, même le plus extrême des extrêmes.

Prenons la torture des enfants. Jusqu’aux années 1940 en France, elle était institutionnalisée et ce pour un simple vol de pomme.

Autre exemple : jusqu’au début du XXème siècle en Occident, la sodomie, pratique aujourd’hui mise en avant dans les magazines, était un vice impardonnable, passible de châtiments immondes ou de la peine de mort.

L’extrême, tel que défini par notre temps n’a rien de haïssable par principe. Il n’est que la définition par la périphérie d’une norme qui s’impose.

De même, si l’on cherche ce qui est juste, on ne le trouvera certes pas au « milieu » car, tout comme les extrêmes qui le bordent et le définissent, le milieu est si souvent injuste !… Majoritairement injuste, en fait ! Parce que consensuel. Loin, bien loin d’une considération individuelle !

La justesse, cher Chercheur, est à trouver en soi seul et pour soi seul.

Elle est impossible sans d’abord une compréhension de notre réalité propre, hors de l’assujettissement à une pensée extérieure.

Elle surgit sans effort, dans une observation légère et profonde.

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Commentaires

  1. Ok, 
    Ça m’inspire quelques questions 🙂
    à fonctionner ainsi n’est ce pas un peu individualiste? Pour Soi et pour soi seul? N’y a t’il pas de risque à s’isoler ? La discussion est elle encore possible avec l’autre différent pour trouver des consensus justement qui permettent le vivre-ensemble ?
    Le consensus n’a t’il pas son utilité ? 
    N’est ce pas au travers de l’échange avec l’autre que se trouve l’enrichissement personnel aussi ?…

    1. Dans ce texte, le Chercheur de réponses veut résoudre un problème personnel. La question par essence le concerne, cela ne veut pas dire qu’il est individualiste ou que la résolution de son problème le sera.
      L’Observatrice incite à sortir des réponses toutes faites, extérieures à soi, à ne pas se tourner vers des décisions de principe, dictées par le collectif, la tendance, la mode, l’acceptable socialement, le consensus. Tout simplement parce que ces « solutions » ne résoudront pas son problème. Cela ne veut pas dire qu’il doit cesser tout dialogue avec les autres. Ça n’a rien à voir.

      Si le consensus est utile pour la vie en communauté (cela n’est pas remis en cause), il peut être délétère pour l’individu. À ce sujet, je vous conseille la lecture de ce billet : https://www.metadechoc.fr/societe-ideale-dis-moi-ton-nom

      Questionner le consensus, c’est-à-dire l’évidence d’un fonctionnement dicté par la société, la religion ou la famille, ne va pas forcément contre « l’ordre social » car ce n’est pas parce qu’on questionne qu’on rejète. Et même si on se rend compte que certains aspects de ce consensus ne nous conviennent pas, si ce questionnement isole, alors ce sera sans doute plus du fait de la « société » que d’un fonctionnement individualiste qui s’oppose au bien commun.
      Sortir de l’angoisse, d’un schéma répétitif qui nous fait souffrir ou d’une addiction n’est-il pas profitable pour le collectif ? Et cela ne permet-il pas précisément ensuite d’entrer plus justement en communication avec l’autre ? Et d’en avoir envie !

      Par ailleurs, la justesse pour soi n’exclut pas de trouver un consensus avec l’autre. La différence, c’est qu’elle rend ce consensus conscient et capable d’évolutions.

      Comprendre ce qui est juste pour soi, c’est se donner la possibilité de faire des choix et de ne plus imposer à l’autre des comportements et des injonctions que l’on s’est imposé à soi-même, de manière consciente ou non.
      La  justesse est bien à trouver en soi et pour soi seul, c’est-à-dire que ce qui est juste pour moi ne l’est pas pour vous. Ce qui « marche » pour moi n’est pas à être imposé à l’autre.

  2. Trouver en soi… oui 
    Imposé à l autre… non
    Je suis d accord.
    Mais l’universalité de la souffrance et de ses causes… c’est fondamental! Bien que personne ne puisse télécharger la sagesse issue de l’expérience d’un autre et qu’il faudra, peut-être avec un peu d’aide, faire soi-même une démarche active pour avancer sur le chemin… l’universalité de la souffrance, parce que nous sommes des êtres vivants sensibles et cortiqués, appèle à des remèdes universels…
    Sinon tout cela ne reviendrait qu’à une vision libérale libertaire de l’introspection… très de notre époque! La souffrance des hommes gardent les mêmes racines… des grottes de chauvet aux voyages interstellaires même si la complexité varie

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