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Aaah, la méditation…

Par Élisabeth Feytit
Tout le monde vous le dira : la méditation peut aider à calmer l'esprit. Et le corps. Ou pas. Du tout.

Tout le monde vous le dira : la méditation peut aider à calmer l’esprit. Et le corps. Ou pas. Du tout.

Ce que la méditation permet surtout c’est de nous confronter à nos pensées, à notre bavardage intérieur, à nos obsessions, à nos compulsifs camouflages mentaux, à nos réponses automatiques. Rapidement, elle nous fait réaliser notre très grande tendance à fuir la réalité ; les faits comme les pensées.

Oui, la méditation est un outil formidable pour aborder en conscience ce que nous avons dans la tête et aussi ce que notre corps exprime au travers de douleurs cycliques ou permanentes. En cultivant une attention soutenue à ce qui se présente, de manière systématique et chirurgicale, nous pouvons discerner et disséquer chaque mouvement mental, chaque répétition, chaque réflexe de fuite.

Mais mais mais, la méditation ne nous permet pas, et je dirais même ne nous autorise pas à réfléchir notre petit (grand) manège mental. Car la technique, toutes écoles confondues, nous demande très expressément de mettre de côté chacune de nos pensées ou sensations, dès qu’elle est identifiée… jusqu’à ce que la suivante prenne le relais.

En conséquence, une fois que nous avons aiguisé notre capacité d’attention – et si tant est que nous soyons intéressé•es par notre santé psychologique et par l’intelligence qui peut en émerger – il est important que l’analyse prenne le relais de la méditation/observation.

Sinon, comment comprendre ce qui se passe dans notre esprit ? Comment ne pas perpétuer sans fin et à notre corps défendant toutes ces pensées parasites et majoritairement insensées ? Précisons ici que certaines peuvent être très très (très) étranges, dérangeantes, voire même effrayantes…

De nombreux méditants, en réalisant la qualité de leurs pensées choisissent de méditer de manière soutenue, jusqu’à plusieurs heures par jour, afin d’évacuer ces circonvolutions problématiques (mais se rendent bien vite compte qu’elles reviennent toujours). Ou bien, ils sautent à pieds joints dans la pensée magique, l’adhésion à des croyances spirituelles pleines de vérités éthérées, voire se raccrochent à l’autorité rassurante d’un leader charismatique.

Voilà l’histoire. Voilà comment la méditation peut mener à des souffrances plus importantes que celles qu’elle était supposée « soigner » ; à un profond manque de compréhension, à de lourds malentendus, à des échappatoires farfelues… et même à des désordres mentaux.

La méditation est un outil puissant qui peut réellement affiner notre capacité d’attention et ainsi constituer un terreau favorable à une pensée de qualité. Ce n’est pas une voie magique vers la transcendance de notre corps ou de notre esprit, dans une dimension rêvée.

Dans le plus grand intérêt de notre santé mentale, gardons bien ça en tête.

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Commentaires

  1. La méditation va à l’encontre de nos malades (schizophrénie positive ou psychose hallucinatoire) car elle réactive les perceptions dont celles de nos mystiques qui se croient connectés avec l’au-delà.
    Ce que j’ai compris, en méditation (*), en prières, le cerveau délivre sa sérotonine bienfaisante et pour ceux qui sont en état limite cela va jusqu’à les faire renouer avec leurs perceptions hallucinatoires.
    (*) La relaxation est préférable à la méditation dont leurs « gourous » clament l’efficacité de bien-être est donc à déconseiller telle un faux-ami. 
    => http://schizo-non.e-monsite.com/blog/sortir-de-ses-perceptions.html

    1. Effectivement, la méditation est contre-indiquée pour certains malades psychiatriques, notamment parce qu’elle les met brutalement face aux méandres de leurs propres pensées, ce qui peut faire empirer leur état. Elle est cependant utilisée de manière clinique contre les troubles de l’anxiété ou de syndromes post-traumatique.

      Pour les personnes non-atteintes de troubles psychiques, il y a tout de même un vrai paradoxe à cette pratique de la méditation. D’un côté, il s’agit d’une technique qui gagne a être accompagnée par une personne qui saura guider le méditant lorsqu’il fait l’expérience d’états inexpliqués, et de l’autre, la méditation mets le méditant dans un état de vulnérabilité (car face à l’inconnu, voire à l’inoui) qui laisse grande ouverte la porte au premier maître / guide / abuseur qui passe.

  2. Bonjour, je n’arrive pas à comprendre comment vous pouvez si facilement tirer des conclusions sur ce qu’est ou n’est pas la méditation. Il s’agit d’une pratique évolutive qui, en nous faisant passer par des états de consciences différents, inimaginables tant qu’on ne les a pas vécus, nous transforme petit à petit. Certaines personnes, si elles sont trop instables ou abordent cette pratique dans une optique consommatrice, superficielle ou en quête de quelque chose de particulier, risquent effectivement de se perdre dans les projections qu’elles peuvent lui appliquer. C’est d’ailleurs l’écueil principal qu’on observe souvent chez les occidentaux de manière générale, puisque leur culture et leur appréhension du monde est malheureusement très conditionnée par la quête de ce quelque chose tout de suite et maintenant. Mais la méditation telle qu’elle est de plus en plus pratiquée, n’a pas ses racines en occident mais en orient. La pratique occidentale concerne des novices et correspond généralement à un dérivé édulcoré, débarrassé de ce qui est gênant idéologiquement pour un occidental, qui se sert un peu dans le supermarché de la spiritualité orientale comme bon lui semble, sans respecter les différentes dimensions d’une pratique qui s’est affinée, perfectionnée sur de nombreuses générations au cours de plusieurs siècles, voir millénaires. Il peut alors facilement s’y perdre et quelque part c’est logique. Donc faire une critique sur les risques et tendances perverses de la pratique par les novices occidentaux de la méditation, je comprends. Mais dire ce qu’est ou n’est pas la méditation, sans s’intéresser à ses racines et à ses plus beaux fruits, qui sont majoritairement orientaux, je ne comprends pas. 
    La grosse difficulté avec la méditation pour nous occidentaux, c’est que ce n’est pas une idéologie qu’on peut expliquer dans un livre, analyser puis critiquer, c’est une pratique, certes simple mais difficile qui nécessite du temps, de la patience, et de la persévérance. Si les changements ne s’effectuent pas, c’est toujours plus facile d’appliquer son analyse et sa critique sur l’outil plutôt que sur sa façon d’utiliser l’outil. Pourtant dans ce cas, tout dépend de sa manière d’utiliser l’outil. Par exemple, une technique de base de la méditation consiste à fermer les yeux, se concentrer sur sa respiration et non pas évacuer les pensées, et les émotions mais les accepter et petit à petit les voir de plus en plus précisément pour ce qu’elles sont, c’est-à-dire des phénomènes impermanents qui se renouvellent sans cesse et pour lesquels on peut petit à petit faire le choix de s’y identifier ou pas. La méditation permet donc, non pas de fuir une colère, mais au contraire de l’accepter, mais nous donne le choix de la vivre ou de la laisser passer. Si la pratique est maintenue et affinée, petit à petit les colères n’étant pas alimentées, elles se font de plus en plus rares et on se transforme. Toute cette évolution n’est pas qu’intellectuelle, elle est émotionnelle, corporelle et revêt de multiples dimensions qui implique le méditant dans un tout qui est bien plus concret et vivant que le rapport fait/analyse. C’est donc à ce moment là que les mots manquent, que la pratique dépasse la théorie, et que la compréhension de soi dépasse l’analyse. De plus en plus de publications scientifiques utilisent une méthodologie qualitative dite phénoménologique, pour mieux analyser et comprendre ces phénomènes, sans aprioris sur le but final annoncé de la méditation qui remonte à Bouddha, qui est une transformation de sa manière d’appréhender ses pensées et se actions jusqu’à une compréhension la plus affinée de sa réalité que les orientaux appellent généralement l’éveil. Malgré tout cela c’est tentant pour un méditant, en fonction de la charge d’efforts qu’il est capable d’assumer et du niveau de transformation qu’il a atteint de s’en tenir à une vision de la méditation qui correspond à sa pratique, et de la restreindre à cette vision. Mais c’est juste sa pratique et sa réalité, il ne peut pas les appliquer aux autres, ce ne serait pas honnête.
    Désolé pour le pavé.

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