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La culture : mère de notre ignorance

Par Élisabeth Feytit
La culture n'est-elle pas un nid à idées reçues, à préjugés, un formatage de l'esprit ?

La culture, au-delà de son intérêt social, artistique, historique, ou du plaisir qu’elle peut procurer, permet-elle réellement de sortir de l’ignorance ? N’est-elle pas au contraire un nid à idées reçues, à préjugés, un formatage de l’esprit ?

La compréhension de notre réalité n’est-elle pas plutôt à trouver dans l’analyse des faits, l’observation de soi et des autres, de notre rapport à nous-même et aux autres ; libéré•es de nos bien futiles limitations culturelles ?

Les débats télévisés, les pamphlets, les avis des uns et des autres permettent-il vraiment de réfléchir de façon propre ? Ils sont l’expression de la pensée de l’autre et je ne suis pas sûre que cette pensée-là (si elle n’est pas réductible au simple divertissement), permette de développer une compréhension réelle, c’est-à-dire intime.

Un enfant comme un adulte peut-il élaborer un raisonnement libre sur la base du discours d’une personne (intellectuel, guide spirituel, éducateur) qui délivre des « vérités », c’est-à-dire, soyons clair, qui endoctrine ? Je ne pense pas. Et le nombre de livres, de sermons, de conférences, l’amas de culture n’y changera rien.

Nous avons tous des racines, bien sûr. Savoir d’où l’on vient, nommer ses origines, c’est important oui. Connaître son histoire personnelle, familiale et celle de l’humanité, c’est primordial. (je parle ici des faits, et non des interprétations, des récits romanesques et des symboles qui y sont le plus souvent associés)

Savoir tout ça, oui. Mais s’y accrocher, s’y identifier, c’est la mise à mort de la pensée.

Un constat s’impose : en tant que référence identitaire, la culture à laquelle on appartient apporte bien des entraves et de la confusion. Car elle occulte toujours la réalité individuelle. Que nous apprend la culture occidentale du statut de la femme par exemple, de l’amour, de ce qui est juste pour soi, de ce que c’est que de vivre de manière authentique ?

La question serait plutôt : que nous impose-t-elle cette culture ? Sommes-nous réellement libres de nos choix ? À l’évidence, la même question se pose pour les cultures non-occidentales.

On nous dit que sans culture, on n’est rien. Mais, je ne suis pas ma culture, pas plus que je ne suis ma nationalité, mon orientation sexuelle ou mon métier. Personne n’est ça ! Le conditionnement de la culture peut sembler porteur, mais il n’est qu’une béquille. Et comment marcher droit, sauter librement ou courir avec des béquilles ?

Encore une fois, au-delà du plaisir que l’on peut ressentir à admirer une œuvre ou à découvrir une pensée, au-delà des informations que l’on peut y trouver sur notre passé, la culture prise pour modèle, pour repère, pour définition de soi ou d’une société mène à la destruction. L’état psychique de notre espèce et nos perpétuelles guerres en sont le résultat.

Aucun érudit, aucun intellectuel, aucun défenseur de la culture comme recours contre l’obscurantisme n’a jamais empêché la tragédie qui se rejoue sous nos yeux siècle après siècle.

Savoir questionner sa culture pour la mettre à distance (et non la cultiver donc) est une démarche salutaire. Parce que c’est un chemin vers soi, vers la connaissance de sa psyché, de notre pensée individuelle et collective ; celle-là-même qui façonne notre monde.

Allez ! On les enlève ces béquilles ?

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Commentaires

  1. Oui, là aussi largement d’accord avec vous.

    Peut-être un petit point de désaccord au niveau de cette phrase :

    « Connaître son histoire personnelle, familiale et celle de l’humanité, c’est primordial. »

    Je ne suis pas sûr que ce soit primordial. Suis-je mon histoire ? Est-on l’histoire de sa famille ? Est-on celle de l’humanité ? Sommes-nous des mots et des images ? Je réponds : Non.  Pour être soi, pas même besoin de connaître son histoire personnelle, familiale ou celle de l’humanité.

    1. Je suis d’accord avec ça. Mais il s’agit là d’une partie de nos pensées, toutes les pensées ne sont pas issues de notre éducation, notre culture, nos expériences passées. Il y en a d’autres qui sont la liberté même, qui sont hors moule, hors influence. S’il n’existait pas ces « pensées nouvelles », ces pensées non issues du passé, ces pensées mystérieuses générées de je ne sais où par je ne sais quoi, il n’y aurait jamais eu « évolution », au niveau individuel et collectif, on serait à jamais condamné à penser ce qu’on pense sans jamais pouvoir penser autre chose.

      Mais je suis d’accord, avant d’éventuellement penser autre chose, il faut bien observer ce qu’on pense.

    2. Les pensées qui nous traversent sont issues de notre éducation, notre culture, nos expériences passées. Les connaître, c’est se donner une chance d’entrevoir ce qui nous gouverne.
      Nous ne sommes pas ces pensées, mais elles nous habitent ; elles sont notre conditionnement mental permanent. Les rejeter ou les ignorer, c’est fatalement s’y soumettre. Les connaître est primordial parce que c’est le première étape indispensable au fait de les remettre en cause, d’interroger leur validité dans notre vie.

    3. Bonjour, je me permet de répondre (oui quatre mois après) à l’idée qu’il y aurait « des pensées hors moule, hors influence », là je ne vois pas, je n’en connais pas. Ce qui peut paraître hors moule viendrait justement d’un long travail sur ses pensées? Et pour commenter l’article que je viens de relire à trois reprises et j’espère comprendre dans son entièreté ; il n’y a maintenant que quelques mois que j’ai mis en relation l’idée de pouvoir et de culture (je dessine). Exemple de phénomène culturel : un caïd du collège décide de porter tels baskets à tel prix, le reste du collège est mis au courant. Ou exemple plus  historique, les gens admire la place St Pierre conçue par Le Bernin à Rome qui en fait a servi à l’église catholique de faire face à sa manière à l’influence du protestantisme.

    4. Prima,
      Merci pour votre commentaire. Je vous rejoins sur le fait qu’aucune de nos pensées ne nous est étrangère (même les plus créatives), sauf à croire à une transcendance.
      Jusqu’à preuve du contraire, elles sont la combinaison de ce qui les précède, donc fortement marquées par nos conditionnements biologiques, psychologiques et sociaux.

    5. La culture a un impact fort sur nos raisonnements et nos décisions. Elle est partout et teinte toutes les facettes de notre vie. Elle est un pouvoir à part entière. Je rebondis sur ce que vous venez de dire car c’est important pour moi et bien confirmer que j’ai compris. Au sujet de la culture qui « est un pouvoir à part entière », j’avais lu, il y a longtemps un livre de Norbert-Shulz (« le génie du lieu », qui décrit comment un lieu, un endroit a une emprise sur le paysage et où l’homme agit sur ce paysage et vice versa, selon mes souvenirs, par exemple la décision des hollandais d’investir du territoire sur la mer et ce qu’il en résulte). Dans ce livre, un passage m’a marqué : l’invention de l’idée de paysage où en fait le paysan fait le paysage et fait parti du paysage mais n’a aucune conscience de çà à l’inverse du noble qui prend décision de dessiner ce paysage et de nommer cela paysage, ce qui découlera par la suite le métier d’architecte paysagiste. Il se trouve que je suis fils de paysan qui n’a pas repris la ferme mais dessine et pratique du mieux que je peux le métier d’architecte qui a plus vocation urbaine que rurale majoritairement. (Le dessin est un sacerdoce pour moi, plus que l’architecture). Dans l’histoire occidentale, on a vu quelque rare cas comme Giotto, fils de berger ou Rembrandt, fils de meunier. Si j’étais né avant les années 1970, la chose aurait été incongrue, voire marginale. Gamin, j’étais plongé dans les bouquins de peinture.

    6. Prima,
      la culture peut se créer/diffuser de manière verticale et/ou horizontale. Je trouve passionnante l’étude des mèmes (diffusion horizontale par imitation) parce que c’est une culture virale dont nous ne mesurons, le plus souvent, pas l’impact sur nous, et dont, telle une rumeur, il est bien difficile de retrouver l’origine. Internet en est évidemment le vecteur idéal.
      https://fr.wikipedia.org/wiki/Mémétique

  2. merci. Au passage je tenais à vous féliciter pour vos podcasts, passionnants, je n’ai vu qu’une partie. J’espère que vous garderez cet aspect radiophonique.

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