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Petit jeu entre amis

Par Élisabeth Feytit
Se faire un avis n'est pas toujours simple. Et si on réfléchissait à la valeur de nos opinions ?

Pendant un cours de philo, un prof montre à ses élèves un livre noir et dit : « Ce livre est rouge. »

Tout le monde dit : « Ben non, il est noir. »

Puis, il tourne le livre. Le verso est rouge.

Il poursuit : « Ne dites jamais à quelqu’un qu’il a tort jusqu’à ce que vous ayez vu les choses de son point de vue. »

Ne pas voir les deux couleurs du livre vient d’un problème de perception, d’attention à ce qui est. Et il est vrai que bien souvent, on ne prend pas le temps d’observer, de se questionner sur les choses dans leur réalité complète. On se laisse alors aller à une interprétation trop rapide, empreinte de nos conditionnements inconscients.

Mais étudions de plus près ce que dit le prof. Êtes-vous d’accord avec sa conclusion ?

Prenez le temps d’y réfléchir avant de lire la suite.

Il parle de « point de vue ». Fait-il allusion à la perception (physique) ou à l’interprétation (conséquence d’un mode de pensée) ? Son message appelle-t-il à l’analyse objective qui mène à une conclusion rationnelle, au plus près de la réalité (ce livre a deux couleurs) ? Ou bien prêche-t-il la tolérance de point de vue, c’est-à-dire l’acceptation de l’interprétation de chacun•e (l’autre le voit noir donc a, en quelque sorte, raison de penser et dire qu’il est noir) ?

Si l’on extrapole cette situation aux croyances, avis, opinions que nous rencontrons au quotidien, prendre en compte le fait qu’une personne ait un regard personnel issu de son éducation, ses expériences passées ou ses peurs permet certes de mieux la comprendre et de s’y adapter si besoin… Et c’est bien utile pour vivre en société ! Mais attention aux raccourcis ! Cela ne veut pas dire qu’il faille forcément considérer ce regard comme valable.

Lorsqu’une idée défendue est réfutable (c’est-à-dire lorsqu’elle peut être vérifiée, prouvée ou infirmée) et qu’elle est erronée, alors accepter cette idée parce que « c’est la vérité de l’autre », au nom de la tolérance ou de la paix sociale, ne règlera pas le problème de l’opposition des uns contre les autres, d’un avis contre un autre.

Mettre le jugement de l’autre (ce livre est noir) au même niveau qu’un fait avéré (ce livre est rouge et noir), ne mène pas à un monde sans conflit, mais à un monde de confusion. Et la confusion ne mène pas à la paix.

Un point de vue qui trouve son origine dans l’ignorance ou le dogmatisme ne peut mener le croyant (au sens large) qu’à une dissonance avec le réel, voire avec les autres. Il ne fait qu’entretenir des divergences, des oppositions, des divisions qui pourraient être évitées. Ce « point de vue » n’a pas à être encouragé ou respecté.

Une fois qu’on a dit ça concernant les autres, il ne nous reste plus qu’à l’appliquer à nous-mêmes !

Camarades du monde entier, faisons l’effort d’une réflexion méthodique et attachée à bien différencier nos perceptions de nos interprétations !

Disséquons allègrement nos idées préconçues et nos conditionnements mentaux !

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Commentaires

  1. Bonjour,
    je découvre votre blog, votre travail et vos billets. La lecture de ceux-ci, et ce ce dernier entre autre, me pousse à vous demander si vous êtes familière des concepts d’existentialisme, d’awareness (au sens de la conscience de nos processus psychologiques dans l’ici et maintenant (certains les appelles « résistances », d’autres « biais cognitifs », ça dépend des écoles ^^ ), de la phénoménologie, de l’intersubjectivité ?  Parce que je retrouve dans vos textes, vos idées, pas mal de choses en commun avec ces outils et ces domaines qui sont pertinents avec la méta-cognition pour moi et participe de la dynamique de mieux se connaître, dans la relation aux autres.

    1. Bonjour Pascal et merci pour votre intérêt.
      Pour répondre à votre question, je ne suis pas familière de ces concepts. Mais sans doute traversent-il la pensée de notre époque et influence-t-ils de manière indirecte mes réflexions.

      Quoi qu’il en soit il faut comprendre que ces dernières ne se revendiquent pas d’un courant de pensée philosophique ou idéologique (avec les principes et dogmes qui y sont souvent attachés). Elles souhaitent plutôt se fonder sur la connaissance scientifique de l’être humain, à un niveau individuel comme collectif. Par exemple, ses conditionnements biologiques, ses biais cognitifs, ses conditionnements familiaux, etc.
      Ce que je propose, c’est de questionner nos propres modes de pensée, en y étant attentifs et en en ayant aussi une compréhension qui dépasse l’individu que nous sommes chacun ; prendre en compte à la fois les constantes humaines et ce que l’on vit très précisément dans un événement et/ou une émotion, par exemple.

      La métacognition se trouve en réalité dans tous les recoins de notre vie quotidienne, mais nous n’en avons souvent pas conscience.

      1. Bonjour Élisabeth,

        Je préfère le terme d’outils à celui de « concepts », moins connotés ou réducteur pour moi 🙂  Mais il n’y a pas d’offense ^^

        Encore un avis personnel bien entendu, mais je gage que si notre époque et celles qui ont précédé s’en étaient un peu plus imprégnées, avaient bénéficié d’une plus large translation, nous n’aurions peut être pas les mêmes problèmes civilisationnels.

        J’ai bien compris que vous ne vous revendiquiez d’aucune idéologie, vous ayant « rencontrée » par le biais de votre intervention dans la Tête en Biais sur le thème du new age, ex gourou.
        Néanmoins, et comme vous le démontrez encore dans vos podcasts actuels, les fruits de la recherche scientifique ne sont eux aussi pas exempts de défauts et de contre vérités, de biais. La méthode scientifique est une chose, les productions des scientifiques et de leur système, une tout autre. Pour autant, devrions nous, pour nous enrichir, pour évoluer, ne faire confiance qu’aux seules études randomisées en double aveugle vérifiées et reproduites ?

        Ce que vous proposez est de « Questionner nos propres mode de pensée ». N’est ce pas aussi l’objet de la philosophie, de l’introspection, de la phénoménologie (cad la prise de conscience des pôles cognitifs, affectifs et sensori-moteur, nos processus dans nos relations), de la méta-cognition ?   Difficile de faire de la science (dure) avec ces outils, mais je comprends bien que ces domaines puissent éveiller une certaine méfiance. L’introspection, pratiquée « seule avec soi même » pouvant aisément dériver sur la « spiritualité », pouvant elle même dériver sur « l’ésotérisme »..

        Bref, je ne cherchais pas du tout à vous catégoriser dans des boites bien définies, navré pour cette imprécision de ma part.
        Curieux, et faisant des liens avec ce que je connais (tttention !!  biais de confirmation)  je souhaitais savoir si vous aviez eu l’occasion ou la curiosité justement, d’observer ces outils.

        Dans cette démarche de méta-cognition, personnellement, je m’efforce de m’y exercer dans tous les recoins du quotidien. Mais à la manière d’un artisan, pas celle d’un prêtre  🙂

        Merci encore pour votre temps, et à plus tard pour la suite de vos productions.

        Pascal.

        1. Si j’ai utilisé le terme de concept, ce n’était que pour reprendre vos propres mots.
          En ce qui concerne ma démarche, elle ne se fonde pas exclusivement sur les expériences randomisées en double aveugle ou sur les sciences dures mais aussi, comme vous pourrez le constater par la diversité de mes invité•e•s, sur les sciences humaines. Les sciences cognitives, la psychologie clinique ou la sociologie, par exemple.
          Que la recherche scientifique ne soit pas irréprochable, c’est clair et il est très important d’en avoir conscience. Pour autant, elle me semble la méthode la plus fiable pour connaître la Nature (nos fonctionnements humains et notre environnement).
          La réflexion philosophique, politique, historique, etc. peut aussi avoir de l’intérêt bien entendu. La démarche socratique par exemple, est intéressante pour questionner ses croyances. Mais, pour ne donner qu’un exemple, la philosophie, avec sa tradition de maîtres et de disciples, me pose particulièrement question pour les positions de principe et les aveuglements qu’elle peut induire.
          Encore une fois, ne pas connaître les limites humaines (endogènes ou culturelles) peut, comme vous le soulignez vous-mêmes, mener à des champs fort éloignés d’une compréhension méthodique de qui nous sommes.

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